N°62 - Novembre 2012


1. La détermination des unités fonctionnelles d’un territoire, première étape pour appliquer l’analyse de cycle de vie à l’échelle territoriale

Guillaume Junqua ; Juliette Cerceau ; Catherine Gonzalez.
La mise en œuvre de la méthodologie d’analyse de cycle de vie (ACV) appliquée à l’échelle d’un territoire est un challenge.Un territoire est par essence multifonctionnel et complexe. Dégager des fonctions territoriales, première étape pour appliquer l’ACV à l’échelle territoriale, participe donc à ce processus de définition collective de la complexité territoriale, et par là même dessine les contours d’une action collective cohérente avec les enjeux territoriaux réels et perçus. L’ACV doit être utilisée pour identifier les points critiques à améliorer et ainsi à comparer différents scénarios de développement territorial.Ainsi, cet article pose les premiers jalons de la déclinaison territoriale de l’ACV en identifiant plusieurs méthodologies possibles pour la définition des unités fonctionnelles. Ces différentes solutions peuvent être classées selon deux grandes approches descendantes ou ascendantes.Ces approches et solutions seront analysées à travers le prisme de différents critères (facilité d’identification, de mise en œuvre, commanditaire de l’étude, prise en compte des différents sous-systèmes,…).

2. Evaluation des risques écologiques liés à la restauration de cavités terrestres de la bande littorale à l’aide de sédiments de dragage portuaires traités : application de l’approche « substances » à trois sédiments tests

Yves Perrodin ; Mohammed Abdelghafour ; Robert Moretto.
Le rejet en mer des sédiments de dragage portuaires marins les plus pollués n’est plus possible en France en raison d’une évolution récente de la réglementation. Or, ces matériaux sont aujourd’hui quasiment orphelins de filières de traitement ou de valorisation à terre. Par ailleurs, les cavités terrestres générées par les activités humaines le long de la bande littorale sont de plus en plus mal acceptées par les populations en raison de la détérioration des paysages et de la perte d’espaces utilisables qu’elles génèrent. Le programme ANR SEDIGEST s’inscrit dans le cadre de la mise en place d’une gestion innovante des sédiments de dragage en les utilisant, après traitement, pour la restauration physique et écologique de cavités terrestres du même territoire. Ce concept a nécessité de développer au préalable une méthodologie d’Evaluation Des Risques Ecologiques (EDRE) spécifique, sur la base d’une recherche « amont » portant sur ses différents modules. Cette méthodologie permet de vérifier, au moment de l’étude d’impact d’un projet donné, si celui-ci est véritablement compatible avec l’environnement. L’application de la version « substances » de cette méthode à trois sédiments provenant de ports maritimes des côtes françaises a permis de conclure à un risque écologique « faible à modéré » du projet de dépôt pour l’écosystème aquatique périphérique avec les sédiments « 1 » et « 2 », et à un risque important avec le sédiment « 3 ».

3. Conception des réseaux par biomimétisme : application au transport des déchets

Mathias Glaus ; Mélina Maiorano ; Robert Hausler.
Appliqué aux flux de déchets pour un parc industriel à Montréal, la démarche s’inspire des structures naturelles afin d’identifier le réseau des échanges de matières entre les différents gisements répartis sur le territoire. Basée sur les propriétés de la moisissure Physarum Polycephalum, la configuration du réseau résultant des essais en laboratoire est comparée à des configurations obtenues par des algorithmes mathématiques : un par simulation de la croissance de l’organisme et deux par des modèles classiques de minimisation des distances. Les résultats montrent que le réseau d’échanges basé sur les lois naturelles (biomimétisme) a des caractéristiques telles que la création de mailles et une diversification des embranchements. Ces caractéristiques, qui impliquent, en autres, un nombre de tronçons et une longueur de réseau (assimilable à des coûts d’investissements) près de deux fois plus grands par rapport aux structures classiques, offrent un niveau de résilience accru aux ruptures des échanges. Cette capacité de résilience montre que plus de 50 % des échanges sont maintenus lors d’une succession de ruptures comparativement à moins de 20 % pour les configurations classiques. Cette capacité à diversifier les filières d’approvisionnement entre les acteurs favorise ainsi le développement durable d’un tissu industriel structuré au sein d’un territoire.

4. Développement durable de la gestion des ordures ménagères et financements carbone : les conditions d’une mise en œuvre conjointe dans les pays en développement

Jocelyne Delarue ; Baptiste Flipon ; Georges Morizot ; Matthieu Tiberghien.
La gestion des déchets urbains est une problématique aux implications à la fois locales et globales. Dans les pays en développement, les municipalités doivent gérer des quantités de déchets en croissance exponentielle, avec des moyens financiers limités.A quelle condition les financements carbone, d’origine réglementaire ou volontaire, peuvent-ils compléter les financements locaux pour assurer une gestion satisfaisante des ordures ménagères dans les pays en développement ? C’est pour s’efforcer de répondre à cette question que Gevalor et GoodPlanet se sont associés dans le cadre du projet Africompost. Celui-ci vise à étudier les conditions de transfert d’un savoir-faire acquis sur une opération de compostage dans la ville de Mahajanga à Madagascar (MORIZOT et al., 2011) dans six autres villes africaines, dont Beira au Mozambique, Lomé au Togo et Dschang au Cameroun.Le premier résultat du projet Africompost a été de développer pour les sites, objet des recherches, et en concertation avec les équipes locales, une méthode d’évaluation rapide de la faisabilité de l’accès à la finance carbone Cet article présente cette méthode, en détaillant les différents points du diagnostic à réaliser sur les facteurs potentiellement favorables ou défavorables au développement d’une unité de compostage avec accès à la finance carbone.

5. Caractérisation et traitement thermochimique des coques d’anacarde en vue de leur valorisation énergétique dans les procédés de transformation artisanale de noix de cajou

Jean Philippe Tagutchou ; Pascale Naquin.
L’utilisation du bois et du gaz naturel pour couvrir les besoins énergétiques dans les procédés de transformation des noix de cajou a un impact négatif sur l’environnement. Les coques issues du décorticage des noix sont imbibées de CNSL et nécessitent un traitement intermédiaire avant leur valorisation énergétique.Les petites unités de transformations au Burkina-Faso font face à cette problématique liée au déficit de réponse technique dans leur contexte. L’objectif de cette étude vise donc à caractériser les coques d’anacarde et proposer des voies de valorisation possibles. Après une caractérisation initiale des coques, une étude thermochimique comparée a été réalisée dans des conditions de torréfaction (250°C) et de pyrolyse (450°C). Les résultats des tests réalisés montrent que le traitement thermochimique permet d’obtenir trois types de produits : solide (char), liquide (huile ou fraction condensable des gaz) et gazeux (gaz incondensable), dans des proportions et qualité relativement différentes selon la température opératoire. A 250°C (resp. 450°C), on produit 48,5 % (resp. 17,0 %) de char à 25,6 MJ/kg (resp. 27,2 MJ/kg) de PCI et 13,8 % (resp. 47,5 %) d’huile. Les PCI des huiles produites sont presque similaires et se situent au-dessus de 36 MJ/kg, avoisinant ainsi ceux des produits pétroliers.Sous réserve de l’analyse des fumées émises lors de la combustion de ces produits, le traitement thermochimique en conditions anoxiques semble donc être une option […]

6. Conception, installation et fonctionnement d’une installation décentralisée de tri-compostage de résidus solides urbains dans les quartiers de Lomé

K. Edem Koledzi ; Gnon Baba ; Guy Matejka ; Gaïa Ludington ; K. N. Segbeaya ; Gado Tchangbedji ; Alexandre Pilabana ; Georges Morizot.
Des travaux antérieurs dans le cadre d’une recherche-action, ont permis de montrer que les Résidus Solides Urbains (RSU) générés dans les quartiers périphériques de Lomé, présentaient une forte proportion de fermentescibles, 60-70 %, (putrescibles, papiers-cartons, fines <20mm). Le choix du compostage s’avérait très intéressant pour produire un amendement indispensable pour les sols agricoles utilisés dans le cadre de l’agriculture péri-urbaine.Le procédé de compostage par retournement d’andains constitués par les RSU après le tri des recyclables a été optimisé en termes de tri, fréquence de retournement, apport d’eau et criblage final (<10mm et <30mm).L’installation de la plate-forme pour un taux de traitement de 5T/J a été rendue possible, après le transfert de la technologie optimisée auprès d’une ONG, ENPRO, chargée de la pré-collecte des ordures au niveau des ménages dans un des quartiers. La filière de valorisation agronomique a également été validée auprès de plusieurs groupes d’utilisateurs potentiels après des essais du compost produit sur parcelles agricoles et pour plusieurs cultures. Le financement de la construction de cette plate-forme à 5T/J produisant environ 20-30 % de recyclables et 30-40 % de compost <10mm, a été assurée par le FFEM (Fonds Français pour l’Environnement Mondial) sous couvert de l’AFD (Agence Française de Développement, Lomé). Elle est installée à coté d’un des sept centres de transfert construits par la Commune de […]

7. Savoirs traditionnels et gestion de l’environnement en Haïti : pour une approche intégrée

Tanya Merceron ; Haïti Martin Yelkouni.
Le développement durable se définit généralement à travers des dimensions économiques, sociales et écologiques. Mais sa mise en œuvre implique la prise en compte d’autres dimensions comme la culture et la tradition. Cela est d’autant plus important dans les pays en développement où la relation entre la culture et la gestion des ressources naturelles est très étroite.Dans cet article, nous montrons la nécessité d’intégrer et de concilier les pratiques culturelles et traditionnelles dans la gestion de l’environnement. Celles-ci peuvent, en effet, inciter à des pratiques propices au développement durable. Pour ce faire nous, partons de l’exemple des pays en développement et d’Haïti en particulier.